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 Interview de Alex Rubtsov, champion du monde 2009 de bloc

Par Anna Piunova/Mountain.ru, traduction C.Larcher, corrections E.Lejour
Article saisi le : 14-07-2009
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Alexey Rubtsov, 20 ans , étudiant (Institut d’aviation de Moscou), grimpe depuis l’âge de 17 ans.

MR: Alex, pourquoi es-tu champion?

А.R. : On ne peut jamais vraiment savoir qui est le gagnant. C’est un détail, c’est ce qui fait le spectacle. Il y a toujours une seconde intrigue derrière. Faire des pronostics est facile, mais le jeu réserve des surprises. Il y a toujours la possibilité pour qu’un athlète inconnu vienne chambouler le jeu, surprenant tout le monde y compris lui-même.
C’est trop dur de répondre à « Pourquoi es-tu le champion ? » quand on ne le sait pas soi-même. En finale j’avais 5 rivaux super forts, presque tous semblaient invincibles il y a seulement quelque jours. En demi, j’ai eu beaucoup de chance de passer, en ne terminant que 6ème. Le simple fait d’arriver en finale était déjà une réussite pour moi et j’ai fait beaucoup d’efforts pour cela. Après cela je pouvais me détendre, ce que j’ai fait plus que de nécessaire, et je suis allé en finale. Je me suis reposé sur le sofa de l’hôtel avant l’isolement, j’étais super nerveux. Mon cœur était à plus de 200, quelque chose se dressait sur le chemin de ma volonté. C’était comme si l’on me disait « Non, mon gars, tu dois donner un dernier coup de collier. Tu dois continuer à te battre. Ne te relâche pas ».

Alors qu’on approchait du début des finales, l’objectif a été plus évident, et je me suis retrouvé totalement détendu au départ. La tension était partie. Je me sentais beaucoup mieux et j’ai commencé les finales en profitant pleinement de l’instant.

   

Les problèmes semblaient très intéressants, et curieusement j’ai attendu avant de les observer. Je suis passé sur les trois premiers problèmes sans réaliser ce qui se passait. Ce n’est qu’au quatrième bloc que j’ai compris qu’en cas de réussite au premier essai je gagnais.
Je n’ai pas pensé alors « tu ne dois pas faire d’erreur » ou « tu dois le faire au premier essai » comme cela arrive souvent. J’ai pensé « ça a été dur, mais ce fut un joli et intéressant parcours ». Je ne pouvais pas le rater. J’avais déjà gagné dans ma tête. Sortir le bloc n’était alors plus un problème.
Pour revenir à la question, pourquoi la première place? Je considère le simple fait d’être allé en finale comme un succès, et peu de monde considère une médaille de bronze ou d’argent comme un échec. Donc je ne sais pas. J’étais concentré et je me suis battu jusqu’au bout en respectant les autres et en essayant de montrer au public quelques beaux mouvements. J’ai aimé chaque bloc, et j’ai eu de la chance. J’espère avoir encore la chance comme alliée à l’avenir.

 

MR: Tu as dit un jour que tu ne grimpais que depuis trois ans. Comment est-il possible de gravir aussi rapidement les échelons de débutant à champion du monde. Cela semble incroyable.

А.R. : L’essentiel est de prendre la ferme décision de ne jamais renoncer, quel que soit le temps que cela prendra. Ne jamais cesser d’apprendre de ses erreurs, et de croire en la victoire. Un bon coach, l’appui des parents, de bonnes conditions d’entraînement, un bon environnement de grimpe, de bons potes grimpeurs, et mon amour et ma passion ont joué leur rôle.

MR: De nouveau, quel est pour toi le moment qui a fait la différence (entrer en demi, finale, ou gagner) ?

А.R. : Pour moi les finales étaient un objectif et gagner les championnats du Monde était ce que j’espérais. Un jour, par curiosité, j’ai essayé de calculer mes chances et ça a été vraiment mauvais. Pas de pronostique, juste y croire était ce dont j’avais besoin. Malgré le fait que j’ai eu la poisse sur les dernières compétitions, j’ai continué d’y croire. Tes échecs sont de bonnes expériences dans lesquelles tu peux puiser pour progresser lors des prochaines compétitions, à condition d’en tirer les bonnes conclusions. Et en général, je pense qu’un athlète ne devrait pas aller à une compétition sans un espoir marqué d’atteindre ses objectifs. Si l’Or n’est que peu probable, il faut quand même y croire et la chance sera de ton côté.

 

MR: Quelle est la place de la chance dans le fait de gagner une compétition comme celle-là?

А.R. : Si tu n’es pas prêt, même la plus grande chance ne servira à rien. La chance est bien sûr importante, mais seule elle n’est rien, la chance sourit aux audacieux.

MR: Comment t’es tu préparé pour ces championnats en Chine?

А.R. : Tout ce qui est préparation psychologique est totalement secret.

MR: A quel moment t’es tu rendu compte que tu étais à deux doigts de gagner?

А.R. : Après avoir fait le premier bloc, j’ai pris confiance dans le fait que je pouvais décrocher une médaille, étant donné que tous les soi-disant favoris ont fait plusieurs essais alors que je n’en ai fait qu’un. Les autres problèmes semblaient faciles. L’essentiel était de ne pas s’énerver et de ne pas faire d’erreur. Quand j’ai réussi le troisième bloc, j’ai pensé « C’est maintenant possible ! Est-ce vraiment possible ?! Oui, ça va être intéressant de voir ça ». A ce moment j’ai cru vraiment en la victoire. Mais je ne suis pas devenu surexcité comme les autres qui voyaient leur chance s’éloigner. J’ai compris que c’était une grande chance et qu’il ne fallait pas la laisser passer.

 

MR: Qu’est-ce qui t’a paru facile, qu’est-ce qui t’a paru difficile?

А.R. : Les demis ont été les plus dures. C’est prouvé que c’est en général dur, moralement et physiquement. Le premier bloc était sur le point de devenir un bide total. Cinq essais mais j’ai fini par le faire. En conséquence j’ai dû attendre longtemps pour savoir si j’allais en finale ou pas et ça m’a énervé pendant un moment, mais j’étais bien une fois en finale. Donc c’était plus facile après.

MR: Tu ne fais que du bloc ou tu fais aussi de la difficulté?

А.R. : J’ai ignoré la difficulté jusqu’à maintenant, mais j’ai bien envie de m’y mettre étant donné que les prochaines compétitions de bloc ne sont pas pour tout de suite. Je voudrais participer à une compétition internationale de diff. Ce serait une belle expérience pour moi.

MR: Et le caillou?

А.R. : La roche est pour moi le meilleur de ma vie. J’aime grimper autant que possible, mais je ne grimpe en site naturel qu’environ deux mois par an. J’espère faire plus de voyages que jamais maintenant.

 

MR: Qu’est ce que le bloc moderne?

А.R. : Une douleur sans fin du corps. Des articulations explosées et la peau déchirée. La plus petite réglette et le pire plat, et sauter sur un bac. Ton crash pad, tes amis et copines.

MR: Quelles sont les qualités que doit avoir un bloqueur?

А.R. : Il doit être aimable, gentil, courageux, intelligent, et drôle. Il peut être fort mais ce n’est pas le plus important.

MR: Quel est ton type de bloc?

А.R. : Long avec des petites réglettes. Quand je m’entraîne, je grimpe différents types de blocs pour éviter de faire un blocage sur un bloc alors que je m’y attends le moins. On doit être prêt à tout en compétition. Mais en général plus c’est dur, plus j’aime ça.

 

MR: Quelle cadence d’entraînement as-tu et qu’est ce que tu travailles le plus?

А.R. : C’est encore un secret. Les méthodes ne sont vendues que moyennant beaucoup de cash ;-)

MR: Qu’est ce qui t’attire ?

А.R. : Les filles, le rocher, la mer et les raisins. :-)

 

MR: La partie psychologique?

А.R. : J’ai commencé à travailler là-dessus après ma mauvaise performance lors de la coupe du Monde de Vienne. Un athlète doit donner beaucoup plus lors d’une compète qu’à l’entraînement, c’est mon opinion. Cette activité relève à 100% des capacités psychologiques, et je fais de mon mieux pour développer les miennes.

 

MR: Un autre rêve après avoir remporté le championnat du Monde?

А.R. : Je rêve d’une «Lamborghini Gallardo» jaune et de gagner le Melloblocco. Ca va pas être facile du tout, donc je file me préparer. Merci à tous, à bientôt!!!



Article original (en anglais)
Remerciement à Anna Piunova de Mountain.ru et au réseau CWN

 

 
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