Gabri Moroni est un des grimpeurs transalpins les plus connus en matière d'escalade sportive. En plus d'écumer tous les blocs et les voies dures qu'il croise, il excelle aussi en compétition internationale de bloc (4ème au classement général de la coupe du monde l'an dernier). Interview-portrait de ce champion fort sympathique et très motivé, fer de lance de la nouvelle génération italienne, qui a la particularité de s'être construit tout seul.

- Kairn : Peux tu te présenter rapidement pour ceux qui te connaissent pas ?
- Gabri : J'ai 21 ans et je vis à Novara en banlieue de Milan. Je grimpe depuis l'âge de 8 ans et je fais de la compétition depuis que j'ai 10 ans. J'ai commencé dans des cours pour enfants à la salle d'escalade de Novara. Je m'entraînais avec d'autres dans les premières années mais vers l'âge de 14 ans j'ai décidé de m'entraîner de manière autonome sur ma poutre et dans des salles d'escalade plus grandes près de la maison. Dans ma carrière de compétiteur, j'ai eu quelques bons résultats en coupe d'europe jeunes puis en coupe du monde de bloc, le titre national en bloc. J'adore aussi grimper des trucs dur sur rocher, j'ai réalisé jusqu'à 8c+/9a en falaise et 8B+ et 8A+ flash en bloc.
- Kairn : Es-tu étudiant ? ou grimpeur pro ?
- Gabri : J'étais étudiant jusqu'à il y a 2 ans quand j'ai été diplomé de mon école d'agriculture. En ce moment, je suis semi-professionnel, merci à mes sponsors Five Ten et E9, et bien sûr à mes parents qui me soutiennent et comprennent ma passion. J'espère rentrer dans un groupe sportif militaire avant la fin de l'année.
- Kairn : Quels sont tes objectifs en compétition de bloc cette année ?
- Gabri : Mon objectif est d'être sur le podium du classement final de la coupe du monde et pourquoi pas gagner une des étapes restantes. Et puis, bien sûr, faire la fête dans les after !

- Kairn : Tu adores faire de la falaise, mais tu ne participes pas aux coupes du monde de difficulté. Pourquoi ?
- Gabri : Je pense que je vais m'aligner à quelques étapes de difficulté cette année ! Jusqu'ici j'ai été focalisé sur les compètes de bloc mais cette année j'ai la possibilité de m'aligner dans les deux disciplines car les deux saisons sont vraiment séparées.
- Kairn : Pourquoi préfères-tu le bloc ?
- Gabri : Je n'ai aucune préférence pour le bloc. Je prends réellement du plaisir dans toutes les formes de pratique de l'escalade...J'adore justement la nouveauté qu'il y a sans cesse dans notre activité.
- Kairn : Tu t'entraines seul ? As-tu un coach ?
- Gabri : Je m'entraîne principalement tout seul, sans entraineur et sans conseils. Avant je m'entraînais sur le pan de la maison mais maintenant je peux plus le voir tellement j'ai tourné dessus, donc je prends la voiture quotidiennenment pour aller dans des salles plus grosses à Turin, Milan ou Biella qui sont de 20 à 50 minutes de ma maison.

- Kairn : A quoi ressemble ta semaine d'entraînement type ? Tu es plutôt méthodique ou tu suis tes sensations et humeurs journalières ?
- Gabri : Tout dépend de la période d'entraînement et de la motivation du jour. Cet hiver je me suis entrainé beaucoup en salle à cause du temps. En général, je ne suis pas très méthodique en entraînement, juste parfois je bosse sur quelques aspects et conseils prodigués par mes amis.
- Kairn : Tu es souvent en finale de coupe du monde ou d'autres grands évènements internationaux ces derniers temps. Comment gères-tu la phase d'isolement ? Travailles-tu ton mental ?
- Gabri : Non, je ne suis pas un habitué de ce genre d'exercices. Il n'y a pas grand chose à faire en isolement. Juste gérer son échauffement, discuter et prendre du bon temps avec les autres finalistes, se relaxer un peu pour essayer d'être à fond dans mes runs !
- Kairn : Justement, comment t'échauffes-tu ?
- Gabri : Habituellement, avant une compétition je m'échauffe une heure avant pour faire un réveil corporel, puis de l'escalade facile. Je bourrine ensuite un bon coup avant d'être ok. Rien de spécial en fait comme méthodologie, si ce n'est que j'essaie de ne négliger aucune partie du corps. Je fais exactement la même chose en falaise.

- Kairn : Ton style de grimpe favori ?
- Gabri : Je n'en ai pas particulièrement, j'aime tous les styles d'escalade. J'adore les prises crochetantes et les arquées et je sais que je dois bosser plus les grosses pinces et les colonnes. Après je suis conscient qu'il ya des styles où je suis plus fort que d'autres, mais j'aime tout.
- Kairn : Quels sont tes projets pour la seconde partie de l'année une fois que la saison internationale de bloc sera finie ?
- Gabri : Je t'avoue que je ne sais pas vraiment... Rien n'est encore calé. Pour sûr je vais m'aligner en coupe du monde de difficulté et me concentrer sur des voies et blocs extrêmes. Et puis pourquoi pas faire un grand trip ?
- Kairn : Ton meilleur souvenir en compétition ?
- Gabri : Avoir été sacré champion italien de bloc pour la première fois à l'âge de 15 ans alors que personne ne me connaissait.

- Kairn : Tes endroits préférés pour grimper ?
- Gabri : Chaque endroit possède quelque chose de spécial donc il m'est un peu difficile de dire tellement il y en a ! Je suis vraiment crac du Frankenjura. pour le bloc, j'adore Bishop, Hueco, la Suisse, Fontainebleau,...
- Kairn : Ton top 5 de voies et de blocs à faire ?
- Gabri : Houla, dur de choisir... la plus belle voie que j'ai grimpé est aussi la plus dure, "SS 26", 8c+/9a à Gressoney : 45 mètres de beauté naturelle sur le meilleur granite que j'ai jamais grimpé. En bloc, des trucs comme "Mandala" à Bishop, ou encore des blocs que j'ai ouvert en Italie comme "Messaggio dalle Pleiadi" et "Leader Maximo" à Chiomonte…
- Kairn : Le mot de la fin ?
- Gabri : Un message très explicite à toutes les françaises : si vous êtes intéressées, appellez moi !