Kei Taniguchi, 36 ans, Japonaise, piolet d’or 2009.
Kei est la première femme à avoir été récompensée au piolet d’or. C’est l’une des alpinistes les plus actives sur les sommets techniques en Himalaya. Elle a reçu un piolet d’or il y a quelques jours, pour la première ascension de la face sud-est du Kamet réalisée avec son compagnon de cordée Kazuya Hiraide. Il s’agit de « Samourai direct », une voie technique en style alpin (mixte M5+, glace 5+).
Aujourd’hui, on dit que la jeunesse se désintéresse de l’alpinisme. Qu’en penses-tu ?
Moi, je suis persuadée que la jeunesse aime toujours la montagne, mais c’est vrai que les jeunes préfèrent les sports plus faciles d’accès, comme l’escalade sportive, ou la cascade de glace. Ils ont autre chose à faire que de s’investir pendant des mois pour une grande expédition, porter de gros sacs, … Mais les jeunes adorent toujours autant l’aventure, et il y a encore beaucoup de choses à faire en montagne. Alors, ce n’est qu’une question de temps.
Vous vous êtes beaucoup filmés, avec Kazuya, lors de votre ascension, êtes vous une adepte des nouvelles technologie ?
Non, je pense qu’il faut être très prudent avec ces nouveaux outils, parce qu’ils sont très fragiles, et manquent de fiabilité. Avec nos ascensions en conditions extrêmes, il nous arrive souvent de casser du matériel. On ne peut donc pas se reposer entièrement sur ces technologies. En alpinisme, il faut pouvoir être autonome, être capable de tous faire soi-même. Pour moi, ces technologies sont des « plus » à réserver au domaine de la communication.
On s’aperçoit que plusieurs styles apparaissent aujourd’hui. Vous vous situez comment sur le sujet?
C’est très dur à dire. Je pense que c’est à chacun de trouver son propre style, son propre rythme. Il y a tellement de moyens de voyager… Certaines personnes n’aiment pas les cordes fixes, par exemple, mais d’autres en ont besoin. Il faut que chacun pratique à sa convenance et choisisse le moyen qui lui permettra d’atteindre son rêve.
Alors, comment voyez vous le future de l’alpinisme ? Quels sont les grands projets à venir ?
Je pense que plusieurs dimensions de l’alpinisme commencent à apparaître. De nouvelles idées germent, comme celle de l’équipe de Japonais qui a eu l’idée d’enchaîner deux voies (Isis Face et Slovak Direct) au Denali (Alaska). On observe également de nouveaux styles, je pense que les ascensions de nouvelles montagnes, peut-être moins hautes, mais plus engagées sont l’avenir de l’alpinisme.