Alpinisme, les voix des piolets d’or…
L’alpinisme évolue, nouvelles technologies, nouveaux styles, nouvelles approches, ... Ce week-end, à l’occasion des Piolets d’Or, Kairn a posé quelques questions à l'un des nouveaux visages de l’alpinisme, vainqueur charismatique des piolets d’or 2009.

Simon Anthamatten, 26 ans, Suisse, Piolet d’or 2009
Très fort technicien, il forme, avec son compagnon de cordée Ueli Steck, un binôme rapide et efficace. Simon et Ueli viennent de remporter un piolet d’or pour leur ascension de la voie Checkmate dans la face nord du Tengkampoche (6 500 m, Népal). Une première voie réalisée entre le 21 et le 24 avril 2008, en pur style alpin, et au niveau technique très élevé (mixte M7, glace 5, rocher 6/A0)
Penses-tu que les nouvelles technologies puissent être délétères à l’éthique, en alpinisme ?
En expédition, j’ai un téléphone satellite que je n’utilise qu’en cas de danger. En fait, je n’ai recours à la technologie que si elle est liée à la sécurité. Je pense qu’il est vital de ne pas trop s’y fier. Au risque d’oublier de « sentir les choses ». Le feeling, en montagne, c’est essentiel. Et ça, toutes les technologies du monde ne pourront jamais le remplacer.
Ton style, ultra rapide/ultra léger, se démarque des autres, pourquoi ce choix ?
Si nous avons choisi, avec Ueli, de nous axer sur des ascensions ultra rapides, c’est d’abord parce que nous avons le physique et le niveau technique pour le faire. C’est vrai, que plus tu vas vite, et moins tu portes (nourriture, etc). Mais, il ne faut pas oublier qu’à de telles altitudes, on se fatigue très vite. Donc, il ne faut pas aller trop vite non plus, au risque d’être séchés avant le sommet. En fait, la vitesse dépend évidemment de la forme de l’alpiniste. Mais quelque soit la façon dont on avance, le principal est de ne pas être long dans le danger.
Personnellement, je n’aime pas bivouaquer en montagne, je trouve que ça prend plus d’énergie qu’autre chose, alors si je peux éviter…
Quels sont, selon toi, les futurs grands projets en alpinisme ?
Pff, c’est vaste ! Il y a encore au moins 150 montagnes de plus de 6000 qui restent à explorer. Je pense que les plus beaux exploits, à l’avenir, seront des ascensions de grandes faces en style alpin. Cela dépendra des alpinistes. Selon moi, il y a deux sortes d’alpinistes : ceux qui courent après la performance, et qui veulent faire les accensions mythiques à tout prix, enchaîner les 8000. Ce sont des gens qui aiment les chiffres. Puis, il y a ceux qui aiment la grimpe. Les alpinistes vraiment passionnés, qui cherchent la belle voie, le plaisir.
Aujourd’hui, on dit que la jeunesse se désintéresse de l’alpinisme. Qu’en penses-tu ?
Je fais partie de cette jeunesse. Alors forcément, je suis mal placé pour en parler vraiment : je n’étais pas là « avant » pour comparer. Mais je ne suis pas tout à fait d’accord. Je pense qu’au contraire, la base s’est élargie. Ok, les jeunes font peut être moins d’alpinisme au sens traditionnel, mais aujourd’hui on pratique l’escalade en salle, le bloc, la falaise, la cascade de glace, le ski, la randonnée, etc. Moi je trouve qu’il y a plus de monde en montagne, et chacun pratique à son niveau.
Et pourtant, la médiatisation de l’alpinisme reste absente des grands médias.
Aujourd’hui, tout le monde a un ordinateur. Avec internet, on parle de tout, sur tout. C’est proportionnel au nombre de pratiquants. L’alpinisme est un monde minuscule, comparé au foot. Et sur la toile, les gens ne vont pas le chercher d’eux-même. Mais, ce type de manifestation, comme les Piolets d’or, permettent de rendre notre activité plus accessible. On se met à la portée du grand public en y expliquant les réalisations des alpinistes. Pour que le citadin, fan de foot, puisse se rendre compte, du fond de son canapé, de ce que nous faisons, du fond de nos montagnes.