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 Interview : Chris sharma et Jumbo Love

Par D. Thompson - Men's Journal / traduction P. Délas - Kairn.com / crédit photo : coll. Larcher
Article saisi le : 23-12-2008
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La première fois que Chris s’est rendu dans « Jumbo love » à Clark Mountain, dans le désert Mojave, c’était il y a 3 ans. A ses yeux la ligne était la voie la plus folle jamais grimpée… « C’est dur de se prononcer et d’affirmer que c’est définitivement la plus dure » dit Chris, mais « je n’ai jamais vu quelque chose de plus difficile… ». Pas moins d’un an et demi de sérieux travail, et plus de 100 essais ont été consentis dans cet impressionnant mur déversant de 40° sur prise plates pour que Chris arrive enfin à plier ce projet. Le 11 septembre dernier, il réussit : « C’est cool de réussir ma voie la plus dure dans mon Etat (ndlr : la Califorrnie ) » s’exclame-t’il, au micro des journalistes américains de Men's Journal.

- Men’s Journal : Comment es-tu sûr que c’est la voie la plus dure jamais répétée ?

- Chris : Il y a eu un processus complet établi avant de se prononcer sur la difficulté de la voie. C’est une sorte de consensus après que d’autres grimpeurs l’aient essayé. C’est dur de dire que c’est définitivement la voie la plus dure du monde. Mais en tout cas, personnellement, c’est la voie la plus dure que j’ai jamais essayé. Je connais très bien mes limites et je n’ai jamais vu quelque chose qui ait été réalisé plus dur que çà !

- Men’s Journal : Qu’est-ce qui fait que cette ascension est si difficile ?

- Chris : Cela fait 80 mètres de long et c’est terriblement déversant. Les mouvements et les prises sont immondes. C’est en moyenne du dévers à 40°, et les prises ont tendances à être plutôt plates, c’est pas facile de les saisir, il faut optimiser les préhensions. Et en plus elles sont éloignées, donc çà fait des grands mouvements. Cela demande une grosse dose de continuité, mais aussi une précision extrême dans l’exécution des mouvements.

- Men’s Journal : Comment as-tu connu cet endroit à Clark Mountain ?

- Chris : Randy Leavit a commencé à développer l’escalade dans cette falaise il y a 15 ans. Et il mentionnait qu’il y avait la possibilité d’ouvrir des lignes complètement futuristes.  Nous commençâmes à explorer et nous avons énormément bossé là-bas. C’est intéressant, mais je suis ravi que ce soit fini.
C’est un endroit très éloigné. J’ai fait 4 visites différentes à Clark Mountain sur une période d’un an et demi. Déjà, c’étaient des aventures épiques que d’y aller. J’ai fini par acheter une montre GPS à laquelle je pouvais me fier car la route suit le lit d’une rivière à sec dans le désert. Chaque fois qu’il y avait une crue, le paysage changeait et on se paumait ! A chaque fois, j’y allais pour deux ou trois jours. Nous étions chargés comme des mules avec l’eau pour le séjour. Je devais être stratégique pour garder des forces pour le lendemain, ne pas grimper le jour où nous faisions la marche. Tous ces paramètres qui épicent le challenge… En temps normal, tu n’acquiers pas trop ce type d’expériences quand tu travailles une voie dure en falaise…

- Men’s Journal : Comment t’es-tu préparé pour enchaîner « Jumbo love » ?

- Chris : Je ne suis pas un fana de l’entraînement. Je suis plutôt du type spontané. Quand j’ai trouvé cette voie, j’ai commencé à m’entraîner en grimpant dedans. J’ai essayé cet itinéraire au moins 100 fois avant de le réussir. Mais quand vous grimpez beaucoup vous avez du mal à récupérer. Et vous finissez par être davantage fatigué que plus fort. J’ai vécu en Espagne l’année passée. C’est l’une des région les plus facinantes pour l’escalade. Je grimpais 5 à 6 jours par semaine, en essayant de maintenir un état de forme. Vu que j’avais d’autres projets en tête, je me disais que quand je reviendrai à Clark Mountain, j’aurai la motivation de travailler pendant deux mois « Jumbo love ». Mais çà m’aurait tué de rester deux mois dans le désert. Nous prenions nos jours de repos à Las Vegas. Même c’est pas un endroit très relaxant. Trop de trafic routier dans la ville, trop de chaleur (37°). Encore une chose qui compliquait le problème. Mais c’était vraiment une voie que je voulais accomplir.

- Men’s Journal : Réaliser cette voie sur tes terres revêtait-il de l’importance pour toi ?

- Chris : J’ai réalisé beacoup de voies extrêmes ces 15 dernières années, mais elles étaient toutes plus ou moins en Europe. C’était réellement spécial pour moi de réaliser cette voie très dure dans mon propre Etat. , pour ainsi mettre en avant la Californie dans la mappemonde de l’escalade. Peut-être que cela incitera certains grimpeurs européens à venir grimper chez nous par exemple…

- Men’s Journal : Après avoir travaillé pendant longtemps « Jumbo love », qu’as-tu ressenti juste après avoir bouclé le projet ?

- Chris : J’étais bien évidemment en état d’extase et super excité. J’y avais mis tellement d’énergie et de travail pour y arriver. Mais en même temps en escalade, il y a toujours cette drôle de chose qui se produit : la réussite est très gratifiante, mais dans le même instant vous pensez automatiquement à la voie suivante. Ce défi, cette lutte, ce combat pour arriver à enchaîner la voie, tu en as besoin. C’est tout une somme de choses qui t’anime. C’est la même chose dans la vie. L’objectif final est très important, mais une fois que vous l’avez atteint, l’expérience est terminée. C’est réellement un bon sentiment, mais tu dois alors te projeter sur d’autres choses.

- Men’s Journal : Quoi de prévu pour la suite ?

- Chris : Je ne suis pas encore très sûr. Je vais essayer de grimper un maximum  pour le plaisir maintenant. Quand tu arrives à réaliser tes projets, cela donne du sens à ta vie. Ma vie est dédiée à l’escalade. Mais tu dois être si concentré sur ton objet que cela te pompe beaucoup d’énergie. Et tu ne peux pas réellement te contenter uniquement d’escalade-plaisir. Donc là tout de suite, j’ai juste envie de grimper à la cool en compagnie de ma petite amie.

L'interview originelle du Men's Journal

 
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